Comité du Monument (Article paru dans l'Indépendant de Mostagamem du 30 janvier 1894)

Le 11 janvier1894, à quartes heures du soir, le comité constitué pour l’érection à Oran d’un monument commémoratif du fait d’armes de Sidi-Brahim, s »est réuni à l’Hôtel de Ville d’Oran, sous la présidence de M.Johner, 1er adjoint remplaçant M. le Maire empêché.Etaient présent : M.Courserant, notaire honoraire à Mostaganem ; Jacques, Président du Conseil général ; le Commandant Mirauchaux ; Bézy, conseiller général, directeur du Petit Fanal ; Gross, commandant le 2e Zouaves ; Monbrun, rédacteur de l’Echo d’Oran.

M. le Maire ayant rejoint le groupe ouvre la séance et présente au comité le dossier des délibérations antérieures et de la correspondance échangée et la photographie d'un projet de monument par le sculpteur Dalou, communiquée par M. Havard, inspecteur des Beaux-arts. M. Monbrun est désigné comme secrétaire de séance. M.Courserant expose que le projet d'ériger un monument commémoratif du combat de Sidi-Brahim est déjà très ancien, que des souscription importantes on été recueillie par le comité d’action en Algérie et par M. le Baron de Montagnac, en France, qu’il convient d’aviser aux moyens de réunir les fonds nécessaires à l’œuvre et de prendre d’ores et déjà une décision pour la prompte exécution de ce monument.

M. Courserant ajoute que l’on devrait ouvrir un concours parmi les sculpteurs en fixant toutefois un délai très court pour la présentation des maquettes et en expliquant qu’il ne sera pas donné de prix aux concurrents, tous les fonds de la souscription devant être exclusivement réservés au monument, c’est-à-dire à une œuvre patriotique pour laquelle on compte sur leur désintéressement absolu.

MM. Jacques et Bezy fond observer que ce concours demandera encore un temps assez long et qu’il est à craindre qu’il ne donne pas de résultat ; quel que soit, en effet le patriotisme des artistes auxquels on fera appel, il y a des dépenses matérielles qu’il faudra payer, tandis qu’il serait plus pratique d’adopter le projet de M. Dalou, l’éminent statuaire. Il résulte d’ailleurs de la correspondance échangés entre M. Fouque, alors Maire d’Oran avec M. Dalou et M. Havard qu’un engagement a été pris vis-à-vis de M. Dalou, à la suite du concours promis à l’œuvre par M. le Ministre des Beaux-arts.

M. Le Président présente ce projet. Il consiste en un obélisque de granit ou de marbre reposent sur un riche piédestal et portant les noms des héros massacrés à Sidi-Brahim. Au sommet de l’obélisque apparaît une renommée aillée qui apporte une palme à ces glorieux martyrs du devoir et de l’honneur. Au pied de l’obélisque apparaît et agenouillée sur le piédestal, la France tenant un drapeau de sa main gauche, achève d’inscrire les noms des derniers héros auxquels le monument est consacré.

M. le Baron de Montagnac à qui ce projet à été présenté à fait connaître qu’il n’est pas d’avis de l’adopter, que d’après lui, il ne répond à rien et que si la municipalité d’Oran  et le comité l’acceptaient il se désintéressait de tout concours à l’exécution d’un monument commémoratif, à Oran, de Sidi-Brahim. Après lecture des lettres de M. le Baron de Montagnac contenant ces critiques contre le projet de M. Dalou plusieurs membres du Comité déclarent qu’à leur avis au contraire le projet de monument répond au souvenir qu’il s’agit de perpétuer et que le nom du sculpteur est une garantie que son œuvre sera digne de souvenir.

M. Monbrun  ajoute que d’ailleurs, une photographie, une maquette ne peuvent donner qu’une idée de ce que sera l’œuvre de M. Dalou, mais que si par la pensée on voit ce monument à la place où il sera édifié, à la place d’Armes, où il mesurera une hauteur de 15 mètres au moins, on se rend compte qu’il y sera fort imposant et qu’il y symbolisera par son aspect général à la fois austère et grandiose. L’œuvre si glorieuse de l’armé d’Afrique. On est d’accord d’ailleurs sur ce point avec M. de Montagnac, (après avoir agité longtemps la question de savoir si le monument devrait recevoir la statue de Dutertre, celle de Froment-Coste, de Montagnac ou de tout autre des héros de Sidi-Brahim), que le monument ne doit avoir rien de personnel, qu’il est en quelque sorte un monument élevé à l’armée, éminemment militaire et démocratique. Or, le projet de M. Dalou à traduit très heureusement cette pensée.

M.Courserant réplique que dans ces conditions il n’insistent pas pour la mise au concours, que si le souvenir qu’il veut voir perpétuer peut l’être et plus tôt par le projet de M. Dalou, il se range bien volontiers à l’opinion qui vient d’être émise, il demande seulement que dans ce cas puisque, d’après une lettre de M. Havard à M. Dalou, on fait connaître que son projet est susceptible de modifications, on le complétera par des bas-reliefs rappelant le fait d’armes de Sidi-Brahim, car c’est ce souvenir qui a donné naissance à un projet de monument commémoratif. Selon lui, les épisodes principaux du fait d’armes de Sidi-Brahim, et qu’il conviendrait de rappeler dans le bronze du bas-relief sont les suivant :

1° Le combat de la colonne qui était sous les ordres du colonel de Montagnac, la mort du chef de Bataillon, le commandant Froment Costes, et de tous les officiers, sous-officiers et soldats qui prirent part à cette mémorable action ;

2° L’attaque du marabout de Sidi-Brahim au moment où l’intrépide caporal Lavayssière plante sous les balles les couleurs de la France.

3° L’héroïsme de Dutertre à son ultime sacrifice qui n’a d’égal dans l’histoire que celui de Regulus et chevalier d’Assas ;

4° La lute finale, c’est-à-dire le dernier combat livré par le capitaine de Gèreaux dans le fond du ravin, où il trouve avec ses compagnons d’armes une mort si glorieuse et si digne de passer à la postérité.

M. Mirauchaux et M. Gross appuient cette proposition de M. Courserant, relative aux bas-reliefs. Le comité décide à l’unanimité que le projet de M. Dalou avec cette indication qu’il conviendra de le compléter par le bas-relief. Passant aux voies et moyens d’une exécution rapide du monument. Le comité après discussion et examen de diverses proposition, décide à l’unanimité :

1° M. Dalou sera immédiatement avisé de l’adoption de son projet dans les conditions ci-dessous ;

2° M. Mirauchaux est spécialement désigné pour faire auprès des héritiers de M. Delmonte les démarches nécessaires en vue d’obtenir que le marbre de l’obélisque, et à provenir  de leurs magnifiques carrières, soit donné par eux. Il est bien entendu que ce don sera rappelé par une inscription sur le monument.

3° Des démarches seront immédiatement faites auprès de MM. Les Ministres de la guerre et des Beaux-arts, à l’effet d’obtenir leur concours pour l’érection du monument. MM. Jacques, Etienne et St Germain, représentants du département d’Oran au Parlement seront priés de seconder le comité auprès de MM. Les Ministres. M. Havard, inspecteur des Beaux-arts, que le comité remercie de son bienveillant et précieux concours, sera prié de le seconder encore auprès de M. le Ministre des Beaux-arts.

4° On organisera une active propagande pour recueillir de nouvelles souscriptions, la somme de 25.578fr. 10 recueillie à ce jour étant insuffisant pour un monument de cette importance. En dehors des listes de souscriptions qui seront présentées à l’armée et à la population, on donnera des fêtes, des concerts, des bals à Oran et dans le département, en faisant appel au concours si dévoué de la presse et des sociétés. On s’efforcera d’intéresser à l’œuvre la presse parisienne pour l’organisation à Paris d’une fête  donné spécialement pour la caisse du monument de Sidi-Brahim. Pour le département, M.Courserant est spécialement chargé de diriger l’organisation des fêtes avec le concours des Présidents de sociétés, il s’adjoindra en outre toutes les personnes qu’il désignera  pour le seconder.   Le Comité agrée avec reconnaissance l’offre qui lui est faite dès maintenant par la société musicale de la Mosquée qui propose de donner au profit de l’œuvre un grand concert le 17 février 1894 et la remercie de sa généreuse initiative.

5° M. Le Baron de Montagnac sera avisé des décisions qui viennent d’êtres et il sera fait appel à son patriotisme  et à son dévouement à l’œuvre pour la prompt exécution du monument à l’aide des souscriptions recueillis  tant en France qu’en Algérie.

A l’unanimité, le Comité félicite M. Courcerant du dévouement et du zèle infatigable  qu’il a déployé jusqu’ici et qui contribueront si largement au succès d’une œuvre éminemment patriotique.

La séance est levée à six heures

                                                           Vu : le Président

                                                           Signé : JOHNER

                                        Le secrétaire

                                        Signé : Th. MONBRUN