Inhumation des ossements des braves de Sidi-Brahim

( 11 février 1846 )

A près la catastrophe de Sidi-Brahim, Abd-el-Kader transporta son camp au delà d'Ouchda, dans le Maroc, afin d'éviter la présence des troupes françaises. Il n’amena avec lui que ses réguliers, auxquels il confia la garde des prisonniers. Sa retraite à une dizaine de lieues seulement de la frontière ne laissait pas que d'être inquiétante; on pouvait craindre à chaque instant que l’Émir n'envahit subitement le territoire des populations qui nous était restées fidèles.
Pour être prêt à tout événement , le général Cavaignac fit activement surveiller la frontière par un poste d'observation, placé sous les ordres du colonel de Mac-Mahon, du 41e de ligne. Son campement était à Nedroma, point intermédiaire entre Lalla-Magrihrnia et Djemmaa-Ghazaouet. Dans les premiers jours de février 1846, informé qu'une sourde agitation régnait dans la Deïra chez les Beni-Amer , le général sortit de Tlemcem avec 2.500 hommes de renfort pour rejoindre le camp de Nedroma et se mettre à la tête des opérations.
Le 7, sa colonne était réunie à Lalla-Meghrinia ; elle comptait 5.000 hommes. Après un séjour, elle se dirigea le 11 sur Djemmâa, suivant la route qu'avait prise le lieutenant-colonel de Montagnac avec le 8e bataillon.
C'était la première fois qu'une troupe française voyait le théâtre d'un combat impérissable : Tous les cœurs étaient émus.
Ici nous laissons parler le général Cavaignac
« Au pied d'un mamelon, nous avons trouvé les cadavres des soldats qui avaient péri, victimes de la trahison. Nous pouvions lire sur le sol l'histoire de tous les détails du combat. Un carré régulier d'ossements nous montrait le carré qui s'était fait tuer , UN CONTRE TRENTE et au milieu duquel était l'intrépide Montagnac, criant à sa troupe, pour dernier adieu, de mourir comme lui plutôt que de se rendre.
A côté, une ligne d'ossements, qui s'arrêtait au pied d'une colline nous représentait la charge du 2e hussards, sous les ordres du commandant Courby de Cognord, qui s'étaient jetés SOIXANTE CONTRE DEUX MILLE.
Tous les ossements furent recueillis avec un soin religieux, puis la cavalerie défila au pied de la fosse où ils avaient été précédemment déposés et le feu successif des feux de bataillon rendit les honneurs aux restes mortels de tant de braves gens.
A une heure plus loin, nous saluâmes de nos acclamations le marabout de SIDI-BRAHIM et tout le monde s'y précipita, cherchant avec anxiété, sur les murs, la trace de de Géraux : on n'y voyait que du sang ; seulement, dans un coin de la muraille, nous découvrîmes, écrite au crayon, une simple date : 26 septembre. »
Quelques mois après,par décision du duc d'Aumale, gouverneur militaire de l'Algérie, un monument durable fut élevé par les soldats du génie à la mémoire des braves qui avait péri à Djemmâa, sur le lieu même où il avaient été précédemment inhumés* ; sur sa base furent inscrits les noms des officiers-sous officiers et soldats qui s'étaient immortalisés par leur mort héroïque.
Quand une troupe passe dans la vallée de Djemmaa-Ghazaouet , elle porte les armes et les clairons sonnent.
La cavalerie, sabre au poing, défile, au trop.
Si c'est un bataillon de chasseurs, il s'arrête, présente les armes. Les clairons, après le rappel sonnent au champs ; il part en sonnant la marche du 8e bataillon.
Le 8e bataillon n'existait plus. Au mois d'avril 1846, il fut réorganisait à Djemmaa-Ghazaouet, par son nouveau commandant M. le Normand de Lourmel, avec les débris de Sidi-Brahim, les hommes restés à Tlemcen et à Djemmaa , ceux du dépôt de Toulouse et 400 autres chasseurs fournis par les quatre bataillons en France – 1er, 2e, 4e, et 7e.
Nous étions chargé nous même de ce convoi. Les ossements furent mis dans des sacs de l'administration et transportés par des mulets du train ; on les déposa ensuite dans une fosse provisoire, non loin du lieu ou s'élève aujourd'hui la colonne de Sidi-Brahim, à Kohbat-el-Mezzoug.- les cadavres avaient été complètement dépouillées par les Arabes ; nous ne retrouvâmes sur le sol du combat que le képi du commandant Froment-Coste, que les Arabes avaient jeté dans une broussaille, après en avoir
enlevé les soutaches.