NOTICE

Sur le

Capitaine DUTERTRE

D’après G. LANDRIN. Archiviste de la ville de Calais

 

          Dutertre, Louis, Laurent, François, Hippolyte, né à Coulogne (Canton de Calais), le 10 août 1807 ; il était fils de Jaques Hippolyte Dutertre et de Louise, Charlotte, Lucie, Célinie Leroy.

          Son père, né à Montreuil-sur-Mer, fils de Charles, Marie-Ambroise Duterre, en son vivant major de la citadelle de cette place, avait épousé, à Calais, le 2 brumaire an XIV (24 octobre 1805) la fille de Laurent, Charles Leroy, ancien juge, membre du conseil municipal et de Marie, Louise Leblanc.

 La Famille Dutertre ou Du Tertre est une des plus anciennes familles de la région. Dès le XIIe siècle, nous voyons Daniel écuyer, « sieur de du Tertre » à Bourain. A travers l’histoire de nos anciennes provinces, on rencontre dans divers régiments, beaucoup d’officiers de ce nom, dont plusieurs chevaliers de Saint-Louis.

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          Au VIIIe siècle, Ambroise, François, Louis Antoine du Tertre, lieutenant-colonel d’infanterie eut, d’autres enfants, Charles, Marie, Ambroise du Tertre qui devient capitaine au régiment de Picardie, puis major vde la citadelle de Montreuil et épousa Marie, Marguerite, Acary.

          A partir du XIVe siècle, nous voyons les Acary figurer avec honneur dans les fastes du Boulonnais, Charles, François Acary « sieur de Monthuis et de la Rivière », était lieutenant des maréchaux de France à Montreuil en 1877, et M. d’Acary de Beaucorrey était lieutenant du Roi dans la même ville, à cette époque.

          Le futur héros que Cologne a vu naître tenait donc par ses ancêtres aux meilleures familles du pays. Sa mère descendait d’une belle lignée de bourgeois venus se fixer à Calais vers 1740.

          Le 19 septembre 1743, on célèbre en l’église Notre-Dame le mariage de Jean, Baptiste Leroy, « cuisinier de son métier » natif de Compiègne où son père était « huissier royal », et de Hélène Devin, originaire de Dunkerque.

          Le 18 décembre de l’année suivante, on baptise dans la même église Laurent, Charles, fils de Jean, Baptiste Leroy qualifié cette fois de « maître cuisinier », et d’Hélène Devin.

          Laurent, Charles Leroy, grand-père maternel de notre héros devint notaire et procureur de sa ville natale, il épousa, le 30 juin 1776, Marie, Louise Leblanc, fille de maître François, Louis, Toussaint Leblanc, ancien conseiller du Roi, commissaire aux prisées, ventes et inventaires, conseiller du corps municipal, notaire royal et procureur.

          Quatre ans plus tard, le 27 octobre 1780 venait au monde Louis, Lucie, Charlotte, Célinie Leroy   qui devint la femme de Jacques Hippolyte Dutertre, le 24 octobre 1805, et fut la mère de notre capitaine qui vit le jour à Coulogne, ainsi que je l’ai dit, le 10 août 1807.

          M. Leroy avait sa maison de campagne située dans « la section de la Basse-Coulogne ». Jacques, Hippolyte Dutertre et sa jeune femme passaient la belle saison dans ce charmant village plein de grâces et de fraicheur, où il faisait bon vivre silencieusement, loin du tumulte de la ville, à l’ombre des grands arbres qui couvraient alors de leur majestueux abri la plus grande partie du territoire.

          M. Dutertre est désigné comme capitaine de la garde nationale à Calais, au moment de la naissance de son fils. Mais il ne dut pas occuper bien longtemps ce poste, car, moins de deux ans après, nous le retrouvons à Montreuil où il a repris le domicile qu’il avait au moment de son mariage. Ses beaux-parents et sa femme ont quitté Calais en même temps que lui.

          Cependant à Montreuil ne réussit pas à retenir Dutertre qui quitte de nouveau la ville pour se fixer à Boulogne où le futur capitaine « fut amené fort jeune » dit une Chronique contemporaine.

          Le jeune Dutertre, quelques années plus tard fut envoyé au collège Saint-Louis à Senlis, et il fit d’excellentes études ; de là il entra en 1821 à l’école militaire de Saint-Cyr, d’où il sortit sous-lieutenant dans le 32e de Ligne. A la création des chasseurs d’Orléans, il fut appelé à faire partie du 8e bataillon de ce corps.

          C’était un officier d’un rare mérite et qui avait été remarqué par le duc d’Orléans ; il avait obtenu une mention honorable dans le rapport du maréchal Bugeaud après la bataille de l’Isly.

          Le règne pacifique de Louis-Philipe, contenant l’œuvre entreprise par la Restauration, travaillait à répandre la civilisation française par la conquête de l’Algérie. Depuis des siècles les pirates algériens infestaient la Méditerranée, s’attaquant à toutes les marines européennes, pillant les vaisseaux marchands et réduisant les équipages en esclavages. Pour en finir avec eux, il fallait s’emparer de ce nid de corsaires. La France eut la gloire de réaliser cette pensée. Mais au prix de combien d’efforts. Que de sang versé pour cela. Que d’existences sacrifiées.

          La tâche était difficile ; les Français avaient à lutter contre des races agressives et fanatiques, contre un climat sec et brûlant, contre des obstacles matériels, le manque d’eau, le manque de routes, enfin contre des difficultés géographiques, car les clairons de l’Atlas étant parallèles à la côte, tout le pays est occupé par une série de terrasses étagées s’élevant à mesure qu’on s’écarte  du rivage, sans communications faciles entre-elles ; on ne peut escalader de l’une à l’autre que par des défilés escarpés où une poignée d’hommes arrêterait une armée. Par contre, le succès devait donner à la France une colonie qui avait été un pays les plus riches, les plus fertiles et les plus commerçants, avec des villes splendides, une population nombreuse et instruite, avant que la conquête mahométane l’eût plongée dans la barbarie.

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          Une des pages les plus glorieuses de notre histoire en Algérie est assurément celle où est retracée la lutte épique soutenue à Sidi-Brahim par quatre cent cinquante chasseurs et carabiniers, qu’accompagnaient quatre-vingt-deux Hussards, contre plus de six mille arabes.

          Le 20 septembre 1845, un chef que l’on croyait sincèrement attaché à notre cause, vint informer le colonel de Montagnac, commandant le poste de Djemmaa qu’Abd-el-Kader se trouvait avec une faible escorte dans les montagnes de Trari.

          M. de Montagnac, plein de confiance dans cet avis trompeur, se mit en route vers quatre heures ; il emmena avec lui le commandant Froment Coste et 200 hommes du 8e bataillon d’Orléans et un escadron du 2e Hussards. Dans ce combat du Kerkour, M. de Montagnac tomba un des premiers, puis ce fut le tour du chef du 8e bataillon, le commandant Froment-Coste.  De toute la colonne partie l’avant-veille de Djemmaa-Ghazaouet, il ne restait plus que la compagnie de carabiniers, laissée à Sidi-Moussa el-Anber auprès des bagages. Le capitaine de Géreaux qui voyait depuis quelques minutes les cavaliers indigènes arriver de toutes parts vers son camp, songeait déjà au salut de ses troupes. Il abandonna le camp, et alla se réfugier à quatre lieues plus loin dans un petit Marabout. Il se vit tout à coup entouré d’une masse énorme de cavaliers et de fantassins arabes et marocains, L’affrontement fut terrible.

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      Les 24 et 25 et 26 septembre 1846, dans le Marabout, nos 80 intrépides carabiniers vendirent chèrement leur vie, ils étaient à un  contre cent. C’est maintenant qu’intervient l’héroïsme du capitaine Dutertre. Après plusieurs sommations de se rendre, Abd el Kader fit venir le capitaine Dutertre qui était déjà son prisonnier, et à 50 mètres du mur et il leur formule cette proposition infâme : « Camarades leur crie-t-il, le reste du bataillon est mort ou prisonnier, et Abd el Kader m’envoie vous demander de vous rendre. Mais moi je vous engage à résister à nos bourreaux, et à vous défendre jusqu’à la mort. » Il fut décapité aussitôt.

          De la colonne de chasseurs d’Orléans et de hussards partis de Djemmaa-Ghazaouet le 21 septembre au soir, il ne revenait, le 26 au matin, ni un officier ni un sous-officier ; seize hommes seulement avaient pu atteindre la porte de Djemmaa.

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          Au nombre de ces héros morts pour la Patrie, le Calaisis est fier de compter un de ses enfants. Dutertre, dont le nom est déjà inscrit sur le marbre du Musée de Versailles et auquel la ville de Calais voulut réserver la place d’honneur au faîte du Monument du Souvenir Français érigé en 1904.Quant à la commune de Coulogne qui vit naître Dutertre, elle a depuis longtemps donné le nom de son glorieux enfant à l’une de ses rues. Le centième anniversaire de la mort du héros n’ayant pu être célébré en 1945, elle veut aujourd’hui exalter  sa mémoire afin que son nom demeure, « Un symbole d’honneur offert à ses enfants.

 

Historique paru dans le programme des fêtes en l’honneur du capitaine Dutertre, héros de Sidi-Brahim,  et de la venue de l’unique drapeau des chasseurs à pied le 6 et 7 septembre à Calais et Coulogne.

Participait à ses journées :

Les drapeaux des chasseurs avec sa garde d’honneur du 11 e BCA

Le fanion du 8e BCP (Bataillon de Dutertre) avec sa garde d’honneur

Un détachement du 16e BCP, avec le fanion et sa garde d’honneur

Les fanions des amicales d’anciens chasseurs

Une délégation des amicales d’anciens chasseurs La fanfare du 16e BCP

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