FROMENT-COSTE ET Le 8e BATAILLON DE CHASSEURS d’ORLEANS

 Depuis qu'il s'était installé à Djemmaa-Ghazaouet, Montagnac n'avait cessé de déplorer la faiblesse numérique et la médiocrité militaire des troupes placées sous ses ordres. Il pensait depuis longtemps que des régiments venant directement de France pour faire campagne ne pouvaient constituer qu'une « recrue pour le cimetière », il savait qu'il fallait, pour la guerre d'Algérie « d'anciens soldats, des hommes faits, d'un tempérament formé. » Et ce sont de jeunes soldats et inexpérimentés qu'on plaçait sous ses ordres ! A la fin de septembre1844, il avait à peine 300 hommes, sur lesquels il ne fondait aucun espoir. Au mois de janvier 1845, on lui avait enlevé ce bataillon du 32e qu'il prisait si peu, pour lui donner un bataillon du 15e léger.Au milieu de juillet , deux escadrons de hussards étaient arrivés à Djemmaa-Ghazaouet: mais Montagnac savait qu'ils n'étaient pas là ni pour faire une expédition sous ses ordres, ni pour rester dans son poste d'une manière définitive.

Le 8 août 1845, il avait vu arriver avec plaisir un bataillon qui venait relever les détachements du 15e Léger et du 41e de ligne : c'était le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans(1) connu pour être une excellente troupe. Aussi écrivait il à son oncle le 21 août : « J'ai pour le moment une garnison assez solide : un bon bataillon de chasseurs d'Orléans et deux escadrons de hussards. »

Cavaignac lui avait cependant retiré quelques temps après un des deux escadrons de hussards, et, au milieu de septembre , la garnison du petit poste n'était pas très nombreuse. Elle comprenait le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans, commander par Froment-Coste, le 2e escadron de hussards, sous les ordres du chef d'escadron Courby de Cognord ; quelques hommes de l'artillerie, du génie, du 10 bataillon de chasseurs, du 41e de ligne, du 4e chasseurs à cheval, du 2e escadron du train, plus quelques douaniers, marins et ouvriers d'administration.

Le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans était un des plus corps de l'armée d'Afrique. Il avait été formé au mois d'octobre 1840, d'après l'ordonnance du 28 septembre qui créait les chasseurs à pied il s'était; embarqué pour l'Algérie le 10 juin 1841, peu après la fameuse revue du Carrousel, dans laquelle le Roi avait fait la remise de l'unique drapeaux aux dix bataillons réunis.

Les chasseurs portaient un uniforme sombre et discret qui contrastait singulièrement avec ceux des troupes d'Afrique :leur capote-tunique bleu de roi, avec passepoils jonquille (jaune) au collet, aux parements et à la jupe, était plissée à la taille et boutonnais droit ; leurs épaulettes étaient verte ; leur pantalon à plis couleur gris de fer s'enfermait dans la guêtre blanche ; leur schako-casquette en drap bleu , passepoils jonquille, elle avait la visière droite et piquée ; ils étaient aussi munis d'un manteau noir à rotonde, en toile vernie. Ils étaient tenue de porter la barbe en pointe et les moustaches longues : '' Mais il suffisait de les voir en manœuvre et au feu '', ajoutait le journal des débats. Ils avaient comme arme , non plus le fusil de munition de la Ligne, mais la carabine de précision Delvigne Ponchara.

Le 8e bataillon débarque donc à Mostagamem le 14 juin 1841, il avait depuis cette époque participé à bons nombres d'expéditions et venait cantonner à Djemmaa-Ghazaouet le 19 août suivant.

Les chasseurs (8e et 10e d'Orléans) s'étaient peu à peu endurcis à la fatigue ; ils s'étaient familiarisés avec loe pays, avec la façon de combattre les Arabes ; ils étaient en un mot devenus des soldats aguerris. Le capitaine adjudant-major Dutertre ne pouvait s'empêcher d'admirer ces hommes courageux, et il écrivait à sa sœur en juin 1943 :'' Si tu voyais ces pauvres troupiers, si jeunes, si délicats encore, porter huit jours de vivres, soixante cartouches, leur havresac plein et leurs carabine, tu te demanderais comment ils font pour supporter des marches si longues, si fatigante, par la chaleur, une poussière infernale et des chemins affreux. Oh ! Les Français ! C'est ici où l'on peu t juger ce qu'ils valent.

Ces soldats avaient des chefs dignes d'eux.

 A leur tête se trouvait le chef de bataillon Froment-Coste. Sorti de Saint-Cyr e 1825, cet officier avait débuté au 6e d'Infanterie de ligne et avait fait les campagnes de 1826, 1827, et 1828 en Espagne ; lieutenant en 1930, il était parti en Algérie, mais avait regagné la France l'année suivante ; capitaine en 1836, il avait et il avait demandé, en 1840, à passer avec son grade dans les chasseurs à pied qui était entrain de s'organisait. Affecté le 21 octobre au 3e bataillon du corps des chasseurs à pied , mais il désirait servir en Algérie, et, le 3 décembre suivant , il avait permuté avec le commandant Uhrich (2), du 8e, qu'une vilaine blessure reçue au col de la Mouzaïa forçait à revenir en France.

Froment-Coste avait du attendre à Mostagamen la rentrée du 8e bataillon, qui opérait alors avec la colonne mobile d'Oran ; il en avait pris le commandement le 6 février 1842.

Depuis cette époque, le brillant officier s'était couvert de gloire : cité à l'ordre de l'armée le 21 mars 1842 pour belle conduite avec ses chasseurs à pied à l'affaire de la Sikka, il avait été de ce fait proposé pour la Légion d'honneur ; au combat du 29 avril suivant, il se distinguait a nouveau, et, sur une nouvelle proposition du général Bedeau, il était nommé chevalier le 30 août. Deux ans après, il obtenait une nouvelle citation à l'ordre de l'armée à la bataille de l'Isly, le 14 août 1944, et il était nommé officier de la Légion d'honneur le 22 septembre suivant.

Les deux généraux la Moricière et Cavaignac avaient eu à le noter et le tenaient l'un et l'autre en très grande estime : « officier très distingué, écrivait Lamoricière en 1843, s'acquitte d'une manière très remarquable des fonctions de chef de corps, a de l'avenir et sera à la hauteur des positions ou il pourra être appelé (notes d'inspection).

Porté à nouveau au tableau d'avancement à la suite d'une nouvelle notation l'année suivante, le brillant chef de bataillon avait eu, en juin 1845, un cheval tué sous lui en enlevant à la baïonnette le village des Beni-Sous, et avait été à nouveau proposé pour le grade supérieur , au mois de septembre, sa nomination ne pouvait plus tarder à être prononcer. Il était plein d'avenir, puisqu'il allait ainsi passer lieutenant-colonel ayant à peine 40 ans.

Au physique, ; Froment Coste était « fortement constitué » et Ferdinand Philippe d'Orléans le qualifiait de

« robuste et leste », il était mince , brun et portait des moustache. Ayant une tenue brillante et des allures distinguées, il commandait avec calme et sang-froid, et il savait montrer à propos de la fermeté et de l »énergie : comme il joignait à toutes ces qualités une instruction très étendue et très variée, il avait sur ses officiers et ses soldats un ascendant moral considérable.

 

(1) lors de leur création, les 10 premiers bataillons de chasseurs à pied prirent le nom de chasseurs d'Orléans, par ordonnance du 19 juillet 1842, en mémoire du duc d'Orléans, leur créateur, mort le 13 juillet des suites d'un accident de voiture.

(2) Le commandant François-Charles-Ernest-Uhrich, né né en 1806 à Phalsbourg, sorti de Saint-Cyr en 1826. Parti en Algérie au début de 1840, il perdit l’œil gauche par suite d'un coup de feu reçu au combat du 30 avril 1840. Il fut le premier chef du 8e bataillon de chasseurs et le commanda en Algérie en 1841 ; mais il dut rentrer en France par suite de sa blessure.Il devint colonel en 1847, et fut retraité pour infirmités en 1848.